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©musée Gustave Moreau "Salomé dansant"

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NOLI ME TANGERE

texte et mise en scène : Jean-François Sivadier

 

avec la collaboration artistique de Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit,  Nadia Vonderheyden
décor Jean-François Sivadier et Christian Tirole
lumières Philippe Berthomé 
costumes Virginie Gervaise

AVEC 
Nicolas Bouchaud
Stephen Butel
Marie Cariès
Charlotte Clamens
Vincent Guédon
Eric Guérin
Christophe Ratandra
Nadia Vonderheyden
Rachid Zanouda
 
Assistante à la mise en scène Véronique Timsit
Jean-François Sivadier est artiste associé au Théâtre National de Bretagne.


PRODUCTION DELEGUEE : Théâtre National de Bretagne, Rennes ; 
COPRODUCTION Prospero ; Odéon - Théâtre de l’Europe ; Italienne avec Orchestre ; MC2: Grenoble - Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie
 



Pour Noli me tangere
"Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, donna un festin aux grands dignitaires et aux chefs militaires de la Galilée. La fille d’Hérodias dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : "Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai."… Elle lui fit cette demande : "Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste." Le roi fut attristé, mais à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas lui faire un refus… "
(d'après les Evangiles)

Presque anecdotique, ce petit épisode de la Bible, qui raconte la mort d’un des principaux acteurs de l’histoire chrétienne, Jean-Baptiste, a pourtant inspiré de nombreuses œuvres à des peintres, à des sculpteurs, des musiciens et des écrivains dont Oscar Wilde (Salomé) et Gustave Flaubert (Hérodias). Noli me tangere trouve sa source chez Wilde et Flaubert et emprunte au Songe d’une nuit d’été de Shakespeare les pérégrinations de sa petite troupe d’acteurs amateurs.
Noli me tangere est une comédie, un conte qui explore et réinvente la "grande histoire", et met en scène un bras de fer entre le pouvoir inflexible d’un empire et la parole d’un homme seul, anarchiste, agitateur public nu comme un ver avec pour seules armes sa sincérité et sa capacité à soulever les foules.

L’action se déroule en l’an 27 de notre ère, dans la citadelle de Machaerous, en Judée. Le prophète Jean-Baptiste, Iokanaan, cousin et annonciateur du Christ, qui hurle dans le désert de Judée des imprécations subversives et quasi indéchiffrables, est arrêté par le Tétrarque Hérode Antipas qui craint que le peuple, affamé, au bord de la révolte, ne trouve dans ces imprécations la force de prendre les armes et de renverser le pouvoir. Emprisonné dans les caves de la citadelle, Iokanaan devient le point de mire de tous les protagonistes : le Tétrarque lui-même, sa belle-fille la princesse Salomé, sa femme (qui est aussi sa belle-sœur et sa nièce), la reine Hérodias, Narraboth jeune révolutionnaire infiltré à la cour d‘Hérode ; apparaissent également l’ange Gabriel, une petite troupe de théâtre amateur qui, pour semer le trouble répète une pièce relatant un des miracles du Christ, et surtout le procurateur de Judée Ponce-Pilate, entiché d’un espion, totalement dépressif et chargé par l’empereur de recenser les résistants et les collaborateurs de Rome. Tous, face au prophète, font  l’épreuve d’une révélation, fascinés ou terrifiés par son message : "Un autre arrive tout de suite après moi, avec un programme ambitieux et chargé qui vous apportera plus que la délivrance, la capacité à trouver en vous-mêmes de quoi changer la société, et le personnage principal c‘est lui."
Noli me tangere est une suite de variations oniriques sur le thème de la confrontation du tyran et du Dieu, sur la rencontre "historique", dans le climat de tension qui précède toute révolution, de deux hommes tous les deux auto-proclamés "sauveurs du monde", le Christ et l’empereur Tibère, via le face-à-face de leurs "bras droits" respectifs Jean-Baptiste et Ponce Pilate.
Mais, au peuple de Judée, fatigué d’attendre quelque chose d'ici-bas et qui commence à regarder vers le ciel, le prophète Iokanaan apporte moins une espérance mystique, qu’un appel d’air politique, un contre pouvoir édifié sur la liberté de penser, la haine des idoles, la force de résistance de l‘imagination et le pouvoir de l‘art. Devant l’angoisse des bourreaux résonne le rire d’un homme, dont on ne sait pas vraiment s’il est un véritable révolutionnaire, un acteur illuminé ou Dionysos lui-même, et dont la parole oppose au totalitarisme corrompu d’un empire, la formidable puissance du doute et l’utopie d’un humanisme pur.

Jean-François Sivadier


Noli me tangere
La scène est en Judée, en 26 de notre ère, dans la citadelle de Machaerous. Du haut de ses remparts s’ouvre une perspective imprenable sur la Mer Morte. En se penchant, Hérode le Tétrarque peut en voir miroiter les eaux, et scintiller peut-être les piques et les éperons des troupes que les nomades ont levées contre lui. Décidément, depuis qu’il a dévasté les dernières forêts du pays pour bâtir sa place forte, la vue est on ne peut plus dégagée. Le Tétrarque sait-il déjà qu’il va recevoir de la visite – celle d’une fille un peu trop belle, celle d’un homme un peu trop puissant ? Pris entre le désir que l’une suscite et la crainte que l’autre provoque, ce pauvre Hérode risque de perdre la tête – enfin, si l’on ose dire…
Depuis les temps déjà lointains où Italienne avec orchestre faisait asseoir dans la fosse des spectateurs ravis de se prendre pour des musiciens, Jean-François Sivadier, après un Lear, un Danton, et une Dame de chez Maxim (avec Norah Krief dans le rôle de la Môme Crevette), a plus que confirmé sa stature de metteur en scène.
Il nous revient cette fois-ci, accompagné d’une bonne partie des comédiens de La Dame, pour créer l’un de ses propres textes, une bien curieuse machine à jouer qui puise ses ressources chez Wilde et Shakespeare et parcourt une variété de tons allant du lyrique au trivial, voire à la franche bouffonnerie. De la Salomé de Wilde (écrite directement en français et inspirée, comme on sait, du dernier des Trois contes de Flaubert), Sivadier a retenu le cadre général de l’intrigue. Une fois encore, Salomé va danser devant Hérode, son beau-père, pour lui arracher le présent qui doit entraîner sa perte : la tête de Iokanaan, dit le Baptiste, sur un plateau d’argent. Et une fois encore, son extraordinaire performance produira l’effet recherché. Mais cette fois-ci, la fille d’Hérodias ne sera pas seule à se donner en spectacle devant le Tétrarque. Une bande d’acteurs amateurs, pour célébrer l’anniversaire du souverain, a préparé à son intention une petite pièce, un miracle naïf et déjà digne du Moyen-Age, mais malheureusement pour eux, le thème choisi va tomber on ne peut plus mal…. Dans ces modestes serviteurs des planches, on aura reconnu des émules de Bottom et de ses compères artisans, ineptes tragédiens improvisés qui égaient le dernier acte du Songe d’une nuit d’été. Mais ils tiennent aussi de la troupe de professionnels qui vient rendre visite à Hamlet, car leur représentation doit également produire un effet politique (comme si Hérode, l’ami des Romains, avait quelque chose de l’usurpateur Claudius…). Différents théâtres, différents désirs se croisent et se recroisent dans ce drame où la lune est comme un trou de serrure où Dieu aurait collé son œil.

Daniel Loayza

 

 

Autre(s) représentation(s) :

  • Du 24 au 26 Mars 2011 - Liège
  • Du 01 au 07 Août 2011 - Tampere